Black Empire, l'autre Rive

"Black Empire, l'autre Rive" a pour but l'action culturelle et artistique (Littérature, théâtre, danse, performances, cinéma, musique, arts plastiques, photographie, nouvelles technologies, etc.) dans le domaine de l'extrême contemporain.

19 mai 2008

3 Juin - vernissage de l'Exposition de PATRICK LARA


Patrick Lara

 

femmes-toiles, homme-lige

 

 

 

Les peintures et les affiches de Patrick Lara consacrent une matière, la femme, au point de saturer toiles et affiches. Nues ou parées – jambes voilées, taille gainée, mains gantées – charnelles, belles et désirables, parfois – rarement – éthérées, elles montrent la puissance et l’insoumission de l’imaginaire de cet artiste face à un monde finalement irréductible à sa volonté : la femme. Comment dès lors ne pas penser à Women et à son paradoxe : « Un homme courageux aurait tout laissé tombé. Mais je n’étais pas courageux. Si bien que je continuai à me battre avec les femmes, avec l’idée des femmes » (Bukowski).

 

Soumises à une tension manifeste entre peinture et littérature, les toiles et les affiches de Patrick Lara dessinent une écriture, une trame narrative par le chant et le contre-chant de motifs qui se répètent, se répondent, se glissent d’une toile à une autre : cette bouche rouge, ce talon aiguille, cette cuisse ombrée, cette cambrure jouent avec malice avec notre regard et attise son désir.

 

Infinie richesse, la lecture plastique des femmes de Lara et de leur corps, échappe pourtant au monolithisme. Leur nudité est très ambivalente. Séduisante et érotique de prime abord, elle est très vite aux confins du cru et du fantasmé. C’est moins pourtant la question du réel ou de l’irréel qui est posée mais plutôt celle du vrai, d’une essence qui ne serait pas tant celle des femmes mais celle d’un artiste fasciné par le féminin, de sa forme la plus évanescente à la plus insolemment fétichiste.

 

La vibrante polysémie de ses créations, rendue par une technique mixte qui lie à profusion collages, peintures, photos, ne cesse de fasciner, de questionner, de révéler la femme comme principe ordonnateur. Sujet d’inspiration, style et matériau : longs aplats dissimulant faussement un visage, dropping, acrylique, sable, goudron, etc., concourent à créer un mouvement ascendant où l’on glisse de l’expression du désir d’un beau corps vers la beauté des corps puis la Beauté en soi. Mais dans cette beauté absolutisée, Éros guette. Heureusement.

 

Érotisme ostentatoire, femmes icônes à la sensualité fascinante, entre La Naissance de Vénus de Botticelli et l’incroyable Pisseuse de Picasso, les femmes de Patrick Lara ne cessent d’étonner et de solliciter nos sens. Mais ces réminiscences s’évanouissent très vite tant la force de l’imaginaire du peintre plasticien prend le dessus. Il faut alors souligner la modernité de son œuvre, jamais dans la duplication, ni la répétition. Immense leitmotiv, son chant des femmes, incessamment recréé, retravaillé au prisme de sa puissance créatrice, de son monde intérieur, consacre la profonde ambivalence de son regard : voyeur paradoxal, les femmes représentées, toutes soumises à son regard, surexposées, ne dessinent-elles pas, ne dévoilent-elles pas en creux celui qui les façonne ? Le voyeur est ainsi vu et l’artiste réinterprète à l’infini son désir

 

Dans cette curieuse et nouvelle Cité des femmes, les femmes éternelles de Patrick Lara sont « l’amour réalisé du désir demeuré désir » (Char, Fureur et Mystère).

 

Marie-Pierre Andron

 

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