19 septembre 2011
Nouvelle Saison, Nouveau Site !
Cher(e)s Ami(e)s,
Nous vous invitons sans plus attendre à prendre l'habitude de rechercher les informations concernant l'actualité de notre association sur son nouveau site :
http://assoblackempire.wordpress.com/
03 août 2011
Saison 2011-2012
Le Café-Concert de Gamberra : Saison 2011-2012.
Sophie et moi sommes en train d’élaborer la programmation de notre nouvelle saison. Nous voulons mettre en place six « dates ».
Ainsi, Black Empire, l’Autre rive fera sa rentrée le samedi 29 octobre à Bordeaux, dans les locaux du Zig-Zag (73, cours de l’Argonne) animé par le sympathique Augustin et son équipe. Cette soirée sera consacrée à Gilles Monplaisir qui sera accompagné par l’excellent groupe Handle with Care.
Pour novembre (date à préciser), nous devrions recevoir notre amie parisienne Marie L. (accord de principe – détails à régler). Marie L. vient de publier une nouvelle édition de Confessée suivi de Quelques lettres au milieu d’elle aux éditions Cartouche (2011).
Début décembre, nous devrions avoir la joie d’accueillir l’auteure suisse Anne-Sylvie Sprenger : Vorace (2007), Sale fille (2007) et La Veuve du Christ (2010), trois récits publiés chez Fayard). Romancière, Anne-Sylvie Sprenger écrit des chroniques littéraires et des articles culturels dans de nombreux journaux suisses. Nous voudrions que pour sa soirée une amie musicienne, Marion D., qui viendrait de Rennes, l’accompagne au violoncelle.
En février 2012, nous reconduirons le partenariat avec AIDES, dans le cadre de « La Semaine des sexualités » (initiée pour la première fois en 2011) et nous proposerons une soirée BDSM. Nous explorons plusieurs pistes pour offrir à notre public des réflexions et des productions artistiques de qualité mais d’ores et déjà nous sommes en mesure d’annoncer une belle exposition de notre ami parisien Jean Fabien ainsi que la présence de son modèle Roxane.
Pour mars, nous attendons les réactions de plusieurs ami(e)s que nous avons sollicité(e)s.
Nous terminerons « l’année » en avril avec un nouveau partenariat : nous montons une « opération » conjointe avec les ami(e)s et le collectif de L’Entre Dit. La soirée permettra la diffusion du numéro 4 de leur revue. Voici d’ailleurs l’Appel à contribution diffusé à cette occasion :
« En vue d'une collaboration avec nos amis de l'association Black Empire pour une soirée spéciale (dans le cadre du café-concert d'Alexandre Gamberra) où l'Entre-Dit sortira sa quatrième revue, nous sommes à la recherche dès à présent de textes (et d'un artiste-plasticien) - à envoyer avant le mois de mars.
La perspective des textes de la revue est celle de l'expression du corps et des chairs dans un rapport original, singulier, violent - etc, à soi et aux discours standardisés contemporains. Expression charnelle à la marge donc, exploration du sujet et de son monde intime.
La soirée quant à elle traitera cette problématique (ou plutôt expression) générale à travers l'angle du masque, sa notion et son emploi. Cela sera le fil d'ariane de l'évènement au Zig Zag, à Bordeaux, avec Black Empire ainsi que de l'exposition plastique dont la soirée sera l'inauguration.
***
Un corps ne se donne jamais à voir dans une totale nudité, sauf dans la mort ; un corps est toujours "masqué" par le social ; chacun porte un ou plusieurs masques, choisis par le sujet ou induit
par le social.
Alexandre Gamberra
écriture aux couteaux parler au corps sans mots sans plus de territoire excepté celui redéfini suer la persona la maltraîter lui donner une peau nouvelle l'expliquer la donner à voir nue ou non mais comme seule et arrachée des discours au grand D - peindre quelque chose dans la lutte à soi même -
***
A chacun de lire tous ces mots comme il l'entend et de nous transmettre via notre email ses textes, de quelque nature formelle que ce soit. Si des questions surviennent dans vos messages, nous y répondrons avec toute l'attention possible. Surtout, n'attendez pas.
Au plaisir de vous lire, de vous voir, et avec nos salutations,
email : inter-dit@hotmail.fr »
Nous encourageons tou(te)s nos ami(e)s écrivains, plasticiens, photographes à répondre favorablement à cet appel. La soirée d’avril 2012 pourrait ainsi cristalliser de merveilleux « dialogues » artistiques. Au fil des mois, nous informerons régulièrement notre « réseau » de l’avancée des préparatifs.
Dans le même temps où nous organiserons « Le Café-Concert de Gamberra », Black Empire, l’Autre rive, en partenariat avec l’Atelier Christian Gamaury, proposera une exposition des photographies de Marc Bonnard (sexologue, photographe). Cette manifestation sera placée sous le signe des rapports Ouest/Est, Occident/Inde, et de la quête de spiritualité. Elle se déroulera pendant trois semaines aux Chartrons, à Bordeaux, à l’Atelier Gamaury.
Enfin, mais il est beaucoup trop tôt pour en parler, nous essayons de jeter les bases d’un projet de création et de diffusion culturelle articulant le vecteur informatique et les pratiques artistiques, impliquant notre Association, la Librairie Mollat et (une composante de) l’université de Bordeaux 3. Nous en sommes en la matière aux discussions exploratoires.
04 juin 2011
Milady Renoir, "Pour la peau" (extraits).
Pour la peau (extraits), par Milady Renoir.
Avec l'autorisation de notre amie Milady Renoir (Bruxelles) qui était à Bordeaux le 28 mai dernier pour une intervention de poésie organique (lecture-performance) intitulée Pour la peau, nous avons le plaisir de mettre en ligne un extrait du texte écrit pour cette manifestation, lequel a été lu le soir même par es(S)e. "Le Café-Concert de Gamberra" est très heureux d'avoir clos sa saison 2010-2011 sur ce bel événement.
(...) bientôt le corps dira je suis perdu, bientôt,
en fait, en effet, il aura perdu la guerre et le temps de la faire,
sans superbe, ce corps et son état, son écrin,
sa peau, ses pores, tous en périphérie de lui, instruments circonflexes, pliés sous le poids de cette pénétration infinitésimale,
après, après après, ah non, on avait dit plus d’après,
imaginons, tout s’inverserait,
le soi passerait inaperçu,
éviction complète du sel, du sang à travers ce petit pore, corps de ruines, corps de l’ennui retrouvé,
les membres sans vie, indigents,
des organes sans écrits, des veines sans mots,
l’encre rouge viendrait à manquer,
le soi-moi-sur-soi-sous-moi éjecté,
tout serait sorti par ce pore,
un pore trop pénétré, trahi, tout sortirait en désordre tout devrait sortir, tout est désordre,
un pore parmi les autres ne suffirait plus,
la peau craquellerait, sous le coup du prurit,
le corps lieu dégorgerait d’une rage primale,
le corps dieu se viderait de celui qui était là avant,
ce serait le corps sans peau avant l’esprit,
avant l’intention,
et si l’on ne croit qu’au sang, on survivrait ?
ne croyons qu’au sang,
ne faisons corps qu’avec le sang,
parce que la peau est une conne,
parce que la peau est une conne ??
parce que la peau est une conne !
sinon, après,
il faudrait,
il faudrait,
il faudrait,
caresser la peau comme la neige, au début,
certains ne savent pas qu’il y a du sang dessous la peau, ne savent pas que les os sont blancs,
en rire, rire du vide, ride de la chute, rire du sang, rire du soi, rire de rire, de rire, rire comme un dadais, être sans la peau, sans sang, faire semblant
choisir le rêve, n’être que quelques os branchés sur le secteur, rire machinalement, rire mécaniquement, systématiquement, rire à en perdre la bouche, rire à en perdre le temps et sa notion,
rire de rien, rire de tout,
que le sang n’ait plus de sens,
placer sa bouche rieuse juste au dessus d’un pore, pénétrer ce pore,
rire là,
être pour la peau, faire rire la peau, grassement,
être là pour elle. Cette vieille peau.
© Milady Renoir – mai 2011 – revisite du texte du Marathon pour le Salon Gamberra.
29 mai 2011
Fin de (première) partie
La saison 2011-2012 du « Café-Concert de Gamberra » s’est achevée hier au soir par la venue à Bordeaux de Milady Renoir (Bruxelles).
L’ouverture musicale de la soirée a été assurée par Vincent Perrier (chant et guitare). Il faudra renouveler l’expérience, à la rentrée, mais il nous semble que cette formule destinée à « gérer » l’incapacité du public bordelais, y compris quand il se recrute dans les milieux artistiques et intellectuels, à respecter les horaires, est assez heureuse. Le répertoire de Vincent Perrierpuise dans des « standards » notamment des années 70. Sa voix est agréable et son jeu aussi.
Milady Renoir avait beaucoup pensé à la forme et au contenu de son intervention : installation (peaux, objets, publications érotiques des années 60 ou 70, radiographies, etc.), vidéo en boucle, maquillage et costume insolite, texte spécialement écrit pour l’occasion, carte blanche à DJ Vengeance (Paris) pour la musique. Il s’agissait pour elle d’éviter l’écueil du spectacle et de la simple mise en espace de sa poésie, pour une performance d’une heure dans laquelle elle s’exposerait vraiment. Pour ce faire, Milady a jugé bon de demander à S. d’être sa « lectrice-complice ».
C’est ainsi que S. a lu un texte qu’elle découvrait dans le temps même de sa lecture, pendant toute le première partie de la performance, celle où Miladys’est débarrassée des différentes « peaux » qui la vêtaient en vue de parvenir à nouer un lien, solide, fragile, hypothétique, mais un lien avec telle ou telle personne de l’assistance, connue ou pas d’elle.
Ce parti-pris d’implication quasi totale est dérangeant.
Le public ne peut en aucun cas se protéger, se tenir à l’abri, s’économiser en adoptant la « posture » du spectateur. Qu’il l’accepte ou la récuse, l’interaction le sollicite en permanence. Hier, la performance de Milady a été un succès car elle n’a laissé personne (je suis certain de pouvoir l’affirmer) indifférent. Ce qui ne signifie pas que tout le monde l’ait aimée. Elle a même choqué certain(e)s. Et d’abord parce que cette performance n’a pas été conçue pour flatter le public, susciter son plaisir, le conforter dans une attitude de consommation. Il fallait, à travers l’exposition de Milady et sa réelle mise à disposition au(x) désir(s) et/ou rejet(s) des participant(e)s, produire un espace d’interrogation, de questionnement, de remise en question. Dans la seconde partie de sa performance, Milady s’est efforcée, sur le mode de l’improvisation, à pousser plusieurs d’entre nous dans ses retranchements, prenant le risque de provoquer un certain malaise.
Les conversations qui ont suivi la performance me donnent à penser que le « projet » de Milady Renoir a été conduit, pour l’essentiel, à son terme.
Je dois souligner que pendant l’heure de sa performance Milady a été fort intelligemment accompagnée, soutenue, « éclairée » par la musique « live » deDJ Vengeance, lequel avait très bien compris les intentions de notre amie.
La soirée a, une fois encore, bénéficié de l’accueil chaleureux du ZIG-ZAG, de son patron Augustin et de toute son équipe (merci en particulier à Najim).
S. et moi avons un seul regret : la faible assistance que nous avons réunie. Certes, l’objectif de Black Empire, l’Autre rive n’est pas mobiliser les foules. Tout le long de cette année universitaire, nous avons expliqué que nous voulions d’abord défendre des productions littéraires et artistiques que nous aimons, faire découvrir des auteur(e)s et des artistes peu connu(e)s, créer les conditions d’un rendez-vous régulier entre ami(e)s, voulant passer un bon moment, mais aussi « se frotter » à des univers susceptibles de « nourrir » ultérieurement leurs propres travaux. Cette démarche, relevant de la « libre association », s’accommode du petit nombre. Nous en sommes persuadés. Toutefois, notre responsabilité est aussi de fournir à nos invité(e)s un public. Hier, nous étions un peu moins de vingt. C’est certainement dommage.
Nous en tirons un premier enseignement : notre programmation 2011-2012 (à laquelle nous travaillons) s’arrêtera en avril. Il est en effet inutile avec les moyens (réduits et personnels) qui sont les nôtres d’essayer d’enrayer le mouvement de la société qui fait qu'aux beaux jours le public « potentiel », - public culturel ou pas -, transpose son usage du NET (sur lequel il surfe) dans l’espace public : on finit la journée en terrasse, on prend un « apéro » jusqu’à la nuit, on « passe » à un vernissage, puis on poursuit sa « dérive » artistique au gré des rencontres, circulant d’un lieu à l’autre, sans jamais prendre le temps de « se poser », de tisser précisément du lien.
Quoi qu’il en soit nous solliciterons nos ami(e)s et nos relations pour une nouvelle série du « Café-Concert de Gamberra » en octobre.
06 mai 2011
Samedi 28 mai : Milady Renoir (Bruxelles) à Bordeaux
Pour conclure une saison 2010-2011 qui a été riche,
« Le café-concert de Gamberra » propose
une soirée organisée autour de MILADY RENOIR (Bruxelles)
le SAMEDI 28 MAI, à 20H00
au ZIG-ZAG
73 Cours de l’Argonne, BORDEAUX.
Milady Renoir est une auteure, dont les textes participent d’une poésie très exigeante, très « engageante » (peut-être au sens où Sony Labou Tansi disait qu’il était lui-même un « auteur engageant »).
Notre amie nous a proposé le canevas suivant pour ce que nous pouvons appeler une lecture-performance, mais qui sera sans aucun doute bien plus que cela. Milady Renoir m’a fait part de son projet en ces termes :
« Mon intervention aura lieu "Autour dune réflexion sur l'exposition de soi, sur le lien créé avec l'autre, du public à l'intimé, du physique au symbolique, le corps comme laboratoire de la relation."
Sans trop te dévoiler, je pense que Sophie pourrait lire un texte de moi que je lie à cette réflexion, entre poésie organique et tentative de description.
Un mode d'emploi de la performance sera affiché pendant la soirée.
A disposition du public, des liens (fils, cordons et autres matières) que les gens attachent à moi et qu'ils dénouent selon leur gêne, leur plaisir, leur lien avec moi, qu'il soit réalisé ou à construire.
Les liens restent en place pendant le temps que les Autres choisissent.
Ensuite, je me ferais encrer, couvrir par ce qu'il y a de plus lié à moi... Mais, là, je ne dévoile pas tout, même si tu as sûrement vu quelques images.
Bien sûr, je pense qu'avec réflexion et dans le contexte du lieu et de la soirée, certains jalons changeront, mais en gros, ce sera ça. »
Milady Renoir
Une CoUrBE du CUBE
Le cUBe: http://miladyrenoir.skynetblogs.be/
L'Oeil: http://miladyrenoir-et-son-autre-oeil.skynetblogs.be/
L'Atelier pré-textes & sous-titres: http://atelier-milady.skynetblogs.be/
2 booklegs poétiques organiques publiés aux Editions Maelström.
Pendant toute cette « lecture-performance », la musique sera produite « in vivo » par DJ Vengeance (Paris).
DJ Vengeance :
http://fr.myspace.com/dogdayafternoonsound
http://fr.myspace.com/vengeancemix
En début de soirée, une ouverture musicale sera assurée par Vincent Perrier.
Vincent Perrier :
www.myspace.com/fromtheblackboard
Le visuel de la soirée est un collage de Philippe Gaildraud mis en forme pour la circonstance par Richard Biardeau. Je les remercie vivement pour ce beau travail.
Philippe Gaildraud : http://pgaildraud.ptibook.com/
Richard Biardeau : http://www.dick44.ptibook.com/
Une P.A.F. de trois (3) euros sera demandée (pour couvrir une partie des frais d’organisation).
28 avril 2011
L'Echec de Justine, par Maurice Schuhmann
J'ai le plaisir de mettre en ligne le texte relu et corrigé de l'intervention de Maurice Schuhmann au "café-Concert de Gamberra" consacré à Sade, à l'athéisme et auxInfortunes de la vertu.
L’échec de Justine
par Maurice Schuhmann
Bonsoir,
1. C’est avec le passage, que Mademoiselle a lu pour nous, que le Marquis de Sade a commencé son récit Les Infortunes de la vertu - mieux connu sous le titre Justine. J’ai choisi ce texte parce qu’il marque et signifie la naissance de l’auteur libertin, le Marquis de Sade - c'est ainsi que nous le connaissons, le désignons et l’aimons.Justine constitue une tentative du Marquis de Sade pour présenter une preuve littéraire de la non-existence de Dieu.
2. Sade a en écrit la première version en 1787, lors de son emprisonnement à Vincennes, entre le 23 juin et le 8 juillet. Elle a alors été conçue comme une contribution à son livre Les Crimes de l’amour, qu’il a publié sous son nom - ses autres livres ont été publiés anonymement. Cette version a été imprimée pour la première fois en 1930 par l’auteur français Maurice Heine - avec une préface de Jean Paulhan, membre de l’Académie Française. Elle est moins cruelle que les deux autres versions rédigées en 1791 et en 1797.
3. Jean Paulhan a soutenu que Sade a aimé Justine, la protagoniste éponyme - plus que tous les autres personnages, à commencer par sa sœur Juliette. Justine est la personnification du Bien mais elle sert aussi de faire-valoir aux libertins imaginés par Sade. L’entêtement et le comportement de ceux-ci correspondent partiellement à l’attitude de Sade lui-même : « Mais la philosophie, Justine, n’est point l’art de consoler les faibles ; elle n’a d’autre but que de donner de la justesse à l’esprit et d’en déraciner les préjugés. » C’est ce que Sade confie à Rodin dans la troisième version de Justine (La Nouvelle Justine). Comme Friedrich Nietzsche l’a fait dans Le Crépuscule des idoles(Götzendämmerung), Sade a philosophé avec un marteau et il a détruit les chimères qui oppressaient sa liberté - la religion et la morale. Sa philosophie s’inscrit dans la tradition des Lumières. Aussi utilise-t-il les instruments philosophiques pour se libérer lui-même.
4. « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer », écrit Voltaire dans L’Épitre. Pour son contemporain le Marquis de Sade, l’idée de Dieu est horrible : « L’idée de Dieu est le seul tort que je ne puisse pardonner à l'homme. » Tout son œuvre fait figure de bataille contre l’idée de Dieu et le christianisme, mais elle ne participe pas d’un athéisme accompli. Sade est en effet engagé dans le procès de sa propre libération de Dieu et de la morale chrétienne. Dans son essai Faut-il brûler Sade ?, Simone de Beauvoir affirme : « Sade ne nous livre pas l’œuvre d’un homme libéré : il nous fait participer à son effort de libération. » Sade d’ailleurs se peint comme « athée jusqu’au fanatisme ». Il a été en fait un rebelle qui s’est levé contre l’idée de Dieu et s’est inspiré de La Mettrie (le philosophe matérialiste Julien Offray La Mettrie qui a postulé dans son livre L’Homme machine [1747] que « [l’]Univers ne sera jamais heureux, à moins qu’il ne soit Athée. »).
5. Le combat littéraire de Sade contre Dieu a commencé en 1782 avec le fameux Dialogue entre un Prêtre et un Moribond. Déjà dans ce texte - son premier texte littéraire -, on est confronté à une argumentation rationnelle, qui deviendra classique chez Sade. Son moribond, un libertin, convainc le prêtre de l’inanité de Dieu. Avec lui, la rationalité remporte la victoire sur la croyance. Sade argumente en se référant à la nature - et celle-ci procède comme la religion d’un fondement métaphysique.
6. Ce dialogue n’est pas un dialogue socratique, il suit le modèle classique du malentendu. Son argumentation est dans la tradition matérialiste. Le prêtre y est raisonnable - contrairement à Justine. Avec Justine, Sade a changé son approche. Le Dialogue entre un prêtre et un moribond est un texte « propagandiste » en faveur de l’athéisme ; Les Infortunes de la vertu se veut l’essai fournissant la preuve de la non-existence de Dieu.
7. Durant l’époque des Lumières, on assiste à un regain d’intérêt pour la recherche d’une preuve rationnelle de l’existence ou de la non-existence de Dieu. Dans cette perspective, Sade est un penseur du mainstream. Il a suivi l’argumentation de Hohlbach et de La Mettrie, qui étaient des athées, mais il a radicalisé leur pensée et l’a transférée à la littérature.
8. Dans le Dialogue entre un prêtre et un moribond, l’argumentation est très « grossière » ; dans Justine, elle est de meilleur niveau. L’échec de Justine, le personnage, est une preuve cynique destinée à illustrer la thèse de Sade. C’est sous ce couvert qu’il a présenté d’une manière très élaborée un ensemble de remarques et de pensées. L’histoire est connue. Après que leur père est mort, Justine et sa sœur Juliette ont été renvoyées du monastère. Les deux sœurs ont le choix pour diriger leur vie - c’est l’idée biblique que l’homme a la possibilité d’opter entre le Bien et le Mal. Juliette a choisi le vice et elle est heureuse. Justine a préféré la voie vertueuse et elle échoue. Leur carrière est une juxtaposition d’infortunes. Chaque fois que Justine fait quelque chose de bien, elle est punie, et demeure sourde aux arguments de son bourreau. En dépit de toutes les vicissitudes, elle suit et respecte la chimère chrétienne de la vertu.
9. Cette version a été écrite pour Les Crimes de l’amour. Elle inclut toutes les idées qui seront importantes dans la dernière version (La Nouvelle Justine et Histoire de Juliette) mais la fin en est différente. Justine tombe raide morte - tuée par la foudre. Ce qui est très ironique car la foudre est un symbole convenu pour représenter et manifester un châtiment divin. Or, pour Sade, la foudre n’est qu’un phénomène naturel. Dans ce passage, il mise sur la complicité de ses lecteurs.
10. Mais une hypothèse s’impose : la nature est à bien des égards un avatar de Dieu. Sade a besoin pour son argumentation d’un fondement métaphysique solide fonctionnant de manière analogue aux théories et conceptions reposant sur l’existence de Dieu. Il a bien sûr réfuté pareille interprétation. Dans sa Philosophie dans le Boudoir, un libertin établit le constat de cette substitution de la nature à Dieu. Sade a été conscient de ce danger.
11. Mais avant d’analyser son argumentation, écoutons un autre passage de Justine.
12. Le récit débute avec le « débauchage » des deux sœurs, Justine et Juliette, du monastère. Elles ont le choix, je l’ai rappelé, de leur future carrière. Sade use ici de la conception chrétienne de la volonté libre. Déjà dans Dialogue d’un prêtre et un moribond, nous trouvons une discussion à ce sujet :
« Le prêtre : Quel mérite eussent les hommes, si Dieu ne leur eût pas laissé leur libre arbitre, et quel mérite eussent-ils à en jouir s’il n'y eût sur la terre la possibilité de faire le bien et celle de l’éviter le mal ?
Le moribond : Ainsi ton dieu a voulu faire tout de travers pour tenter, ou pour éprouver sa créature ; il ne la connaissait donc pas, il ne se doutait donc pas du résultat ? »
Sade est le tenant à l’époque d’un matérialisme trop vulgaire pour accepter l’existence d’une volonté libre. Dans l’Histoire de Juliette, c’est le Pape lui-même qui récuse cette conception.
13. Sade confronte cette conception de la volonté libre avec celle de la direction de l’homme par ses instincts. De cette façon, il est un précurseur du socialiste Charles Fourier qui a lui aussi évoqué la liberté des instincts pour fonder une société harmonieuse. L’intérêt de Sade est néanmoins différent de celui de Fourier : il ne voulait pas fonder une société harmonieuse, il voulait libérer l’individu.
14. La vision du monde de Sade a pour socle l’hypothèse que la nature est indifférente aux actes humains. Pour cette raison, elle a pareillement besoin d’actes alignés sur le Bien et d’autres ressortant du Mal. Certes sa pensée n’est pas sans contradiction mais cette vue concernant la nature est un fil conducteur dans et pour l’ensemble de son œuvre.
15. Dans La Nouvelle Justine, et particulièrement dans la troisième version de Justine, le Mal triomphe du Bien. Sade se présente lui-même comme un propagandiste, et non pas comme un auteur psychologique comme Dostoïewski.
16. Les libertins veulent en permanence persuader Justine. Le Marquis de Bressac, qui est homosexuel, lui explique : « Toutes les religions partent d’un principe faux, Sophie, me disait-il, toutes supposent comme nécessaire le culte d’un être créateur ; or, si ce monde éternel, comme tous ceux au milieu desquels il flotte dans les plaines infinies de l’espace, n’a jamais eu de commencement et ne doit jamais avoir de fin, si toutes les productions de la nature sont des effets résultatifs des lois qui l’enchaînent elle-même, si son action et sa réaction perpétuelles supposent le mouvement essentiel à son essence, que devient le moteur que vous lui prêtez gratuitement ? Daigne le croire, Sophie, ce dieu que tu admets n’est que le fruit de l’ignorance d’un côté et de la tyrannie de l’autre ; quand le plus fort voulut enchaîner le plus faible, il lui persuada qu’un dieu sanctifiait les fers dont il l’accablait, celui-ci abruti par sa misère crut tout ce que l’autre voulut. Toutes les religions, suites fatales de cette première fable, doivent donc être dévouées au mépris comme elle, il n’en est pas une seule qui ne porte l’emblème de l’imposture et de la stupidité. » Force est de constater que Sade anticipe dans son propos la philosophie de Friedrich Nietzsche. Pour lui, la religion est combinée avec une attitude d’esclave.
17. Mais, comme Simone de Beauvoir l’a avancé, Sade n’a pas trouvé sa liberté. Dans son système, il a besoin de Dieu comme une frontière à dépasser et à transgresser. L’enjeu de Dieu est de ce fait combiné avec le plaisir sexuel. Le libertin Monsieur Duborg déclare : « Nous le bravons journellement sans frémir et nos passions n’ont vraiment de charme que quand elles transgressent le mieux ses intentions ou du moins ce que des sots nous assurent être tel, mais qui n’est dans le fond, que la chaîne illusoire dont l’imposture a voulu captiver le plus fort. » Il se pourrait que nous soyons là devant une réflexion de Sade valant aussi pour lui-même. De manière analogue, cette fascination se retrouve dans la subculture néo-sataniste, quoiqu’il n’y ait pas, en son sein, de réflexion similaire à celle-ci. Pour Sade, l’acte de transgression revêt une dimension capitale de la sexualité : les scandales auxquels il a été mêlé présentent toujours une facette blasphématoire.
18. Mais revenons-en à la question de la preuve de la non-existence de Dieu. Dans La Nouvelle Justine, la protagoniste suit et observe scrupuleusement ses sentiments religieux, lesquels pour un rationaliste comme Sade ne sont que des chimères. Alors qu’elle espère une récompense pour son attitude docile envers Dieu, Justine va être systématiquement punie.
19. Comparé avec le Dialogue entre un prêtre et un moribond, Les Infortunes de vertu est plus abouti. La discussion ayant trait à la religion se développe à trois niveaux :
- celui de l’argumentation rationaliste et matérialiste (Justine doit reconnaître qu’elle n’a pas d’arguments à opposer à l’argumentation des libertins : la rationalité gagne sur la croyance) ;
- celui de l’accusation du clergé et de la morale jésuite (les représentants du clergé ne croient pas à leur idéologie mais ils l’utilisent pour opprimer leur victimes) ;
- celui de l’échec de Justine (loin d’être récompensée, elle est victime ; le moine Raphaël demande à Sophie avant une orgie : « À qui donc aurez-vous recours, sera-ce à ce dieu que vous veniez implorer avec tant de zèle, et qui profite de cette ferveur pour vous précipiter un peu plus sûrement dans le piège ? »).
20. L’argumentation du Marquis de Sade n’est pas originale. Ses arguments sont bien connus et ont été énoncés auparavant par d’autres penseurs que lui. Il les a seulement insérés dans son œuvre. Mais, de cette façon, il est comme Nietzsche - un point de cristallisation pour un discours philosophique. Il a rassemblé ces arguments déjà soutenus et les a combinés dans la perspective de formuler une preuve littéraire de la non-existence de Dieu. Après cette conclusion provisoire, je voudrais donner une dernière fois (pour aujourd’hui) la parole au Marquis de Sade - par le biais de Mademoiselle. Merci beaucoup.
10 avril 2011
Sade et l'improvisation (musicale) contemporaine
Sade et l'improvisation contemporaine.
Le Café-Concert de Gamberra qui s'est tenu hier, et qui avait pour thématique Sade, l'athéisme et "Les Infortunes de la vertu", s'est déroulé dans une ambiance particulièrement chaleureuse, devant une assistance d'une bonne quarantaine de personnes (32 entrées payantes).
Les musiciens d'Improzac et de Newtone 2060 (une mention particulière pour leur énergie latine, un vrai régal !) ont su créer un climat, en s'adaptant parfaitement au texte de Sade, comme s'il s'agissait d'une partition, et en suscitant une atmosphère qui a fait, me semble-t-il, que chaque spectateur avait l'impression d'avoir pénétré dans un "monde" spécifique : l'éclairage, faisant penser à celui d'une boîte de nuit mais, élaboré à partir d'un rythme soutenu, il donnait très vite le sentiment au public d'être happé dans une "structure psychédélique". La Lectrice bordelaise, par sa présence (retenue) et la sobriété de sa diction, a su porter un texte très difficile à dire. Les extraits lus avaient été choisis par Maurice Schuhmann dont l'intervention "théorique" a scandé la lecture/perfomance musicale comme si le logos s'imaginait encore mettre en scène et diriger les productions artistiques : d'aucuns ont pu y voir comme une métaphore du rapport dominant/dominé bdsm où le maître véritable n'est pas forcément celui qu'on croit.
Je dois remercier tout particulièrement le saxophoniste Matthieu Lebrun(Improzac) qui a rendu possible cette rencontre.
Dans l'assistance, on remarquait plusieurs musiciens, et deux collègues du département de musicologie (j'ai été très sensible à leur présence - la soirée a permis un échange cordial qui conduira, peut-être, à des initiatives communes). Parmi les ami(e)s, je veux saluer le photographe Jean-Pierre Rey, le collagiste Philippe Gaildraud, les plasticiens Kimo et Christian Gamaury (en novembre prochain, Black Empire sera en partenariat avec l'Atelier Christian Gamaury pour une exposition mais chut !!!! Nous vous informerons de cette manifestation en temps voulu), la danseuse Camille Escudéro, Pauline et Raphaël de Handle with care, de nombreux anciens étudiants de lettres et de musicologie.
Andreea a assuré les entrées avec efficacité, sourire et discrétion : Merci à elle.
Et toute ma reconnaissance à Augustin et à l'équipe du Zig-Zag.
La "saison" de Black Empire se terminera le samedi 28 mai avec la venue de notre amie de Bruxelles, Milady Renoir, pour une lecture/perfomance qu'il ne faudra surtout pas rater.
15 mars 2011
Samedi 9 Avril
Samedi 9 avril, 20H00.
Le Zig-Zag
73 cours de l’Argonne Bordeaux.
Le Café-Concert de Gamberra
« Cérémonie désincarnée »
autour de
Sade, l’athéisme et Les Infortunes de la vertu
« L'échec de Justine. Une preuve sadienne de la non-existence de Dieu »
La non-existence de Dieu, voilà une thématique qui est récurrente dans les oeuvres du marquis de Sade. Tout son discours libertin argumente de manière rationnelle la non-existence de dieu et ce, pour libérer l'individu. La Nouvelle Justine en est un bon exemple. Sade présente son échec comme l’illustration de sa propre thèse. Le politologue allemand Dr. des. Maurice Schuhmann va restituer ces preuves en se fondant sur la première version de Justine (Les Infortunes de la vertu) tandis qu’une lectrice lira des extraits de ce roman et que six musiciens improviseront une « cérémonie désincarnée ».
Avec Maurice Schuhmann (Allemagne),
le trio Newtone 2060 (Milan),
le trio Improzac (Bordeaux)
et une LECTRICE (Bordeaux).
Le trio "Newtone 2060" pratique l'improvisation (batterie, objets/voix,
électronique/ turntables). Il passe à Bordeaux dans le cadre d’une tournée européenne.
Les Bordelais du collectif Improzac sont en contact avec eux depuis quelques mois, et l'idée d'une rencontre leur est venue. Black Empire est ravi de la permettre : tout indique que nous vivrons un grand moment musical et artistique.
Soirée co-organisée en partenariat par Black Empire, l’Autre rive et Improzac.
24 février 2011
RITA BERGERT fait son cinéma au "Café-Concert de Gamberra"
Samedi 12 mars, à partir de 20H00.
Au Bar Le Zig-Zag
73 cours de l’Argonne, Bordeaux.
« Le Café-Concert de Gamberra »
fait son cinéma
Première projection du film vidéo
Des Masques de Rita BERGERT
(Restitution imagée du colloque international « La pornographie et ses industries : un univers fantasmatique « marchandise » ? »)
Animation musicale assurée par VENGEANCE (Paris).
Cette soirée sera entièrement consacrée à la vidéo.
Nous sommes en train d’examiner les conditions pour faire suivre la projection de Des Masques de Rita Bergert par les vidéos de Denis Cointe (à propos du colloque international sur le viol) et de Kimo Kopczynski (à propos du colloque international sur l’inceste). Ces trois films ont été produits par Black Empire, l’Autre rive pour constituer en quelque sorte les Actes vidéos des colloques que j’ai organisés en 2006, 2007 et 2008 au sein de l’université de Bordeaux 3.
Enfin, il est vraisemblable que nous diffuserons aussi la vidéo produite par AIDES à l’occasion de « X-Y-Sex, La Semaine des Sexualités ».
P.A.F. : Trois (3) euros.
Toutes celles et tous ceux qui s’acquitteront de cette P.A.F. repartiront avec un exemplaire du DVD de Rita Bergert, des Masques.
22 janvier 2011
Les Maux du plaisir - Samedi 12 février - Bordeaux
Dans le cadre de notre programmation "Le Café-Concert de Gamberra", nous organisons en partenariat avec AIDES-33 une soirée culturelle BDSM qui aura pour thématique "Les Maux du Plaisir".
Cette manifestation aura lieu, comme d'habitude, au Bar "Le Zig-Zag" (73 cours de l'Argonne, Bordeaux) grâce à la gentillesse d'AUGUSTIN et de toute son équipe.
Les premiers retours que nous avons donnent à penser que cette soirée sera un succès. En voici le programme :
Exposition photographique de SOIZIC HESS (Paris) : vernissage à 19H30 - durée de l'exposition : deux semaines) ;
Lecture de "La Volonté des anges" (texte inédit) de PAULINE VALMAGE (Suisse) ;
Table-Ronde autour du BDSM avec AIDES-33 et Black Empire.
Performance de bondage avec DIVINE (Paris).
Animation musicale assurée par Vengeance ! (Paris).
Entrée libre et gratuite. Tenue et attitude correctes exigées.
L'expérience du "Café-concert de Gamberra" se poursuivra :
*** Samedi 12 mars : Invitée Célie Alix (vidéaste). Projection de son film tourné à l'occasion du colloque "La Pornographie et ses industries : un univers fantasmatique "marchandisé" ? Animation musicale : à préciser.
***Samedi 9 avril : "Cérémonie désincarnée autour de Justine de Sade" : soirée en partenariat avec le collectif Improzac.
Intervention de Maurice Schumann (Allemagne) sur "Justine, Sade et l'athéisme".
Animation musicale : Trio Newtone 2060 (Milan).
Le trio "Newtone 2060" pratique l'improvisation (batterie, objets/voix,
électronique/ turntables). Il va passer en France durant leur tournée
européenne.
Les Bordelais du collectif Improzac sont en contact avec eux depuis quelques
mois, et l'idée d'une rencontre leur est venue.
Voici le lien de leur myspace: http://www.myspace.com/newtone2060
*** Mai (dernière soirée de la saison - date à préciser) : Lecture d'un inédit de Gilles Monplaisir (Caen).
Animation musicale : à préciser.



